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Ça y est, n°1 a pris son envol. Et contre toute attente, la séparation n’est pas aussi douloureuse que nous le redoutions. Dès les premiers instants, nous sentons qu’elle s’épanouit pleinement. Je vous raconte ? Let’s go !

@eddows-animator

J’attends nerveusement le premier coup de fil, qu’elle doit me passer une fois le pied sur le sol américain. Elle m’appelle depuis l’aéroport de Détroit, où elle est en transit pendant deux heures. Sa voix est enjouée, elle a pu bénéficier du rang central : trois sièges pour elle seule, le grand luxe au prix de la classe éco. Elle me fait le résumé de tous les films qu’elle a regardés, me raconte par le menu les repas qui lui ont été servis. Son excitation est perceptible : prendre un vol long courrier, seule, à quinze ans, ce n’est pas rien !

Le second vol est bien plus court : une petite heure pour rallier Rochester. Cette fois-ci, j’ai droit à un texto, juste pour me dire qu’elle est bien avec sa famille d’accueil, et qu’ « ils ont l’air trop sympa ».

Jour de départ. Rochester
@fotodinero

Double soulagement : elle est arrivée, et visiblement entre de bonnes mains. Qu’elle profite pleinement de ces premiers instants, de cette première journée, elle aura bien le temps de nous raconter plus tard.

L’organisme préconise le moins de contacts possible le temps de son séjour, afin que l’immersion soit totale. Un, deux coups de fil par mois, au maximum. Nous avons ri de concert, n°1, son père et moi, lorsque la responsable a prononcé ces mots. Nous avons ri, et annoncé la couleur : impossible de nous soumettre à cette « règle ».

En revanche, nous avons fixé la suivante : les coups de fil viendront d’elle. Si elle a le temps, envie, besoin. Un simple « bisous » sur le whatsapp familial nous suffira à savoir qu’elle va bien. Nom de code : respirez, ça va bien se passer.

Des étoiles plein les yeux 

Jour de départ : on maintient le contact sur skype
@freepik

Elle nous appelle une fois dans sa chambre, après avoir partagé un premier repas avec sa famille d’accueil. D’emblée, nous accueillons Skype comme un membre à part entière de la famille, on devine à quel point il sera notre pierre angulaire ces trois prochains mois.

Elle nous fait visiter sa chambre, nous en montre chaque recoin puis pose son téléphone et continue à raconter ses premières heures tandis qu’elle vide sa valise. Elle s’installe, se sent déjà comme chez elle. Le débit est rapide, le ton est enthousiaste : aucun doute, elle va bien. Tout se passe bien.

Elle nous parle de sa famille d’accueil. Déjà, elle les appelle « papa et maman d’accueil », les semaines suivantes nous confirmeront qu’elle a parfaitement raison. Nous aussi, les appelons ainsi. Sans même un pincement au cœur. « L’adoption » est réciproque.

À plusieurs reprises, je lui demande si elle veut raccrocher pour profiter de son installation. Je sens qu’elle se crispe, me demande en retour si j’en ai « déjà marre de parler avec elle ». Absolument pas. Je voulais simplement qu’elle ne se sente pas obligée de nous consacrer tout ce temps. Lui indiquer qu’elle était libre de raccrocher si elle en avait envie.

Le malentendu est vite dissipé, l’appel se prolonge, finalement interrompu par son papa d’accueil qui vient lui proposer un petit snack. L’appel du ventre est plus fort, je raccroche le sourire aux lèvres et le cœur léger.

Premières découvertes

Premiers flocons, step by step
Vous vous souvenez dans l’article précédent ? Les chaussures de randonnée étanches, qui ne servent à rien ? Just sayin’? @DR
Neige à Rochester
@DR

Dès le lendemain de son arrivée, n°1 découvre la rue recouverte d’un manteau blanc. Je ne vais pas en rajouter une couche, je fanfaronne juste ce qu’il faut en légende de la photo ci-dessus. Elle qui n’avait pas vu pareille neige depuis une paire d’années est ravie !

Pour ce premier week-end, le programme consiste avant tout à prendre ses marques, s’installer, apprendre à connaître son environnement. Déjà, elle se sent à l’aise. Ses parents d’accueil ont beaucoup d’humour, et sont très décontractés. L’une de ses craintes était d’arriver dans une famille au cadre strict, à l’opposé de la sienne. Là, elle se sent comme à la maison. Au détour d’un appel visio, nous les apercevons, échangeons quelques mots avec eux.

Elle rencontre également la fille du couple. À 28 ans, elle a quitté le nid, mais habite toujours à proximité. Le courant passe bien, une complicité se noue rapidement entre elles malgré la différence d’âge. Elle l’entraine, en compagnie de son papa d’accueil, dans une visite guidée de Rochester.


Ils font ensuite un détour au supermarché. Elle découvre Walmart, la consommation américaine dans toute sa démesure : des rayons à perte de vue, les formats familiaux qui relèvent plus de la vente en gros que d’une promotion en tête de gondole… « Maman, c’est le paradis ». RIP tous nos efforts d’alimentation équilibrée.

High School

Lycée de Rochester, découverte pas à pas

Puis, sa maman d’accueil l’emmène au lycée pour une visite très privée des lieux. La bâtisse est majestueuse, les lieux immenses. N°1 est scolarisée dans un établissement de taille honorable, en France. Mais sans commune mesure avec ce qu’elle découvre à Rochester.

Le samedi, il n’y a pas cours, mais certains élèves sont présents dans l’établissement, pour travailler sur des projets. Elle fait donc la connaissance de quelques futurs camarades, avec qui elle a aujourd’hui noué de vrais liens d’amitié. 

La rentrée se profile déjà. Sa maman d’accueil a pensé à tout : sur le bureau de sa chambre sont disposées les fournitures scolaires dont elle aura besoin. Je la sens sereine, excitée mais pas angoissée. Il lui tarde de découvrir sa High School pleine de vie, d’élèves et de professeurs. De rencontrer ses camarades, de participer à ses premiers cours. Sa nuit s’annonce courte. La mienne sera réparatrice, pour la première fois depuis plusieurs semaines.

Stay tuned : la suite au prochain épisode

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