Mes chers parents je pars…

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Le moment tant espéré -ou redouté, c’est selon- est enfin arrivé. Derniers au revoir, derniers câlins : il est temps de couper le cordon. Je vous raconte ? Let’s go !

Au revoir mon bébé
@prostooleh

L’excitation est à son paroxysme : le grand départ est pour demain. La valise est bouclée mais, forcément, n°1 pense à tout un tas de choses à ajouter au dernier moment. Vous vous souvenez ? Dans l’article précédent, je vous disais que ça se jouait au gramme près… De guerre lasse, je la laisse prendre ses deux flacons de shampoing, son masque capillaire et toute une ribambelle de produits qu’elle n’aurait aucune difficulté à trouver sur place, même si de marque différente. Mais ça semble lui tenir à cœur ; j’imagine qu’ainsi, elle embarque un petit bout de la maison avec elle.

En revanche, et malgré ses vives protestations (ça prend trop de place, c’est à cause de ça que je dépasse le poids…), je ne lui laisse pas le choix : ces chaussures de randonnée imperméables, aussi moches soient-elles, partent avec elle. Il neige, à Rochester. Souvent, et même au mois de mars (spoiler : j’ai eu raison. Maman a toujours souvent raison). Bref, nous quittons la maison avec trois kilos d’excédent répartis entre sa valise, son bagage à main et son accessoire. En priant très fort pour que ça passe quand même. 

La fin d’une époque ?

Mood of l’article. Oui oui, carrément.

Nous partons la veille ; l’avion décolle en début de matinée le lendemain. Lorsque je ferme la porte de la maison, et que je vois ma fille trainer fièrement sa (lourde) valise dans la rue, je réalise qu’une page se tourne. Qu’elle m’échappe, pour prendre son envol. Même si cette expérience est temporaire, j’ai le sentiment que le changement sera profond, qu’elle en reviendra différente.

Nous sommes très proches, nous partageons beaucoup de choses y compris notre caractère bien trempé, ce qui implique forcément quelques engueulades. Mais notre complicité est forte. Ce voyage ne va-t-il pas nous séparer bien au delà des kilomètres qu’il y aura entre nous ? J’étouffe cette crainte, je ne veux surtout pas lui communiquer mon spleen ; il s’avère que je suis plutôt douée pour prétendre que tout va bien. Et puis, comment ne pas se laisser gagner par son enthousiasme ?

Je la connais, je sais qu’au fond, bien camouflé, une petite boule cherche à envahir son estomac, à elle aussi. Et c’est bien légitime. Tout juste auréolée de ses quinze ans, elle s’apprête à prendre l’avion. Seule. À gérer une correspondance dans un aéroport étranger. Toujours seule. Et à débarquer en terre inconnue. Chez des inconnus. L’inconnue. Se pourrait-il qu’elle appréhende réellement tout ça avec la décontraction qu’elle affiche ? Il s’avère qu’elle est plutôt douée pour prétendre que tout va bien, bon sang ne saurait mentir. Au fond, je sais. Et elle sait que je sais. Mais je respecte la pudeur de son silence.

Moments privilégiés

@marylong

Dans le bus, puis dans le train, une ambiance de départ en colonie de vacances plane. Nous rions, établissons le programme pour les quelques heures qu’il nous reste à partager toutes les deux.

Nous déposons nos bagages à l’hôtel, que nous quittons ensuite pour rejoindre le centre commercial le plus proche. Au programme, un petit resto mère-fille, puis un ciné. Sauf qu’une fois devant la programmation, aucun film ne nous tente. Certainement un acte manqué : rester enfermées deux heures dans une salle obscure, sans pouvoir se parler, n’était de toute évidence pas l’idée du siècle.

Nous flânons donc de magasin en magasin, je résiste à la tentation de lui offrir ce jean qui ne trouverait pas sa place dans sa valise déjà bien garnie. Nous rions comme deux adolescentes, retardons au maximum le moment de rentrer à l’hôtel.

Je nous fais livrer le repas directement dans notre chambre, l’ambiance est moins joyeuse, elle finit par tomber de fatigue. Nerveuse ? Je ne pourrais pas l’affirmer. Elle l’ignore, mais ma nuit a été courte. Pour la première fois depuis des années, je l’ai regardée dormir et, je le confesse, abusé de son sommeil pour la couvrir de câlins elle qui les repousse depuis toujours. Bébé, déjà, elle se tortillait comme un ver pour échapper à nos bras aimants. Indépendante dès son plus jeune âge : on aurait dû se douter qu’elle n’attendrait pas l’âge légal pour quitter le nid. 

Le grand saut

Nous sommes à l’aéroport. Dans moins de trois heures, n°1 quittera la terre ferme. Malgré son sourire, je surprends des moments d’absence. L’enregistrement se passe sans encombre, l’hôtesse ignore le surplus de bagages en adressant un clin d’œil complice à ma fille, soulagée de ne pas avoir à faire un choix de dernière minute.

Le petit déjeuner est frugal : l’une comme l’autre n’avons pas beaucoup d’appétit. Je n’insiste pas, elle grignotera dans l’avion. Nous réalisons que la séparation approche à grands pas et, contre toute attente, nous retrouvons une forme de légèreté. Hors de question que ces derniers instants soient tristes.

Les dernières embrassades se prolongent, mais vient le temps de couper le cordon. Elle part les yeux humides mais un grand sourire aux lèvres. Quant à moi, j’attends qu’elle quitte mon champ de vision pour laisser échapper quelques larmes, que je sèche vite. Cette aventure, elle l’a rêvée, espérée, et méritée. Je me réjouis qu’elle puisse la vivre, et je lui souhaite de profiter de chaque instant. Son immersion commence maintenant. Une première incursion dans le monde des adultes, une indépendance précoce qu’elle appelle de ses vœux depuis des années. 

Tandis qu’elle s’apprête à embarquer, je me rends compte qu’elle a oublié son Perfecto, SA veste préférée, dans mon cabas. Tant pis, elle devra s’en passer pendant trois mois. En attendant, elle fera le bonheur de n°2, qui lorgnait dessus depuis un moment. 

Je reprends le bus, direction gare Montparnasse. Je grimpe dans le train qui me ramène à la maison. J’oscille entre joie et inquiétude : comment va se passer le voyage, avec un petit et un grand « V » ? Va-t-elle bien s’intégrer dans sa famille d’accueil, au lycée ? L’expérience sera-t-elle à la hauteur de ses espérances ? 

Stay tuned : la suite au prochain épisode.

PS : pour bourrer boucler la valise, j’ai utilisé cette technique. Un remplissage dans les règles de l’art, jusque dans les chaussures ?

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