Hier encore c’était le bonheur

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La première semaine a été un véritable enchantement pour ma fille. De quoi envisager la suite sereinement. Ou pas… Je vous raconte ? Let’s go !

@Bahau

Vous le sentez venir, le couac ? Si vous avez été attentifs aux dates, ce sera certainement le cas. Dès la fin de la première semaine, le lycée annonce une fermeture temporaire de l’établissement sur décision du gouverneur de l’État de New-York, Andrew Cuomo. Les premières mesures de confinement, bien moins drastiques qu’en France, se mettent en place. Saleté de Covid19.

L’annonce ne semble ni surprendre, ni chagriner n°1 qui, comme à son habitude, se montre pragmatique : c’est comme ça, je ne peux rien y faire. À quel moment cette enfant a-t-elle grandi à ce point ? Ceux qui la connaissent vous répondront sûrement par une autre question : a-t-elle jamais eu des réactions d’enfant ? En l’occurence, sa maturité lui permet d’envisager ce contretemps comme une expérience à vivre. Différente, mais enrichissante. À son âge, j’aurais certainement hurlé au complot, à l’acharnement, ou au karma qui se venge sur la mauvaise personne. Pas elle.

À vrai dire, ma fille nous tanne depuis plusieurs années pour suivre sa scolarité par correspondance : la voilà exaucée. Car comme en France, confinement ne rime pas avec vacances. Et le programme est plutôt chargé : cours en visio, interros en présentiel numérique, examens finaux… Pas le temps de se tourner les pouces. Et malgré les conditions tout à fait singulières de son expérience, elle pense déjà à la suite des événements ! First things first, ma puce. First things first.

Les maths lui donnent un peu de fil à retordre : la classe arrivait en fin de chapitre, d’une notion prévue au programme de 1ère, en France. Après un coup de fil à son parrain, qui a de beaux restes – dans tous les domaines, de rien, c’est cadeau – tout rentre dans l’ordre. La voilà rassurée. Mais pas nous…

Une décision à prendre

@holaillustrations

Fin mars, nous recevons un mail de l’organisme, qui nous informe des préconisations reçues du Ministère des Affaires Étrangères en raison de la pandémie : il faut rapatrier tous les enfants mineurs, en séjour à l’étranger. La tuile.

Bien sûr, dès l’annonce des mesures de confinement strictes en France, nous prenons la mesure de la gravité de cette pandémie. Et les nouvelles outre-Atlantique ne sont pas meilleures : l’État de New-York est le plus touché du pays, le virus y sévit durement. Avec mon mari, nous avions déjà discuté de la pertinence de faire rentrer notre fille. Mais la situation semble sous-contrôle à Rochester, elle s’y sent bien et surtout, sa famille d’accueil prend le problème très au sérieux.

Est-elle plus en danger là-bas ? Serait-elle plus en sécurité ici ? Nous n’en sommes pas convaincus. Pour rentrer, il lui faudrait prendre -au minimum- deux avions, transiter par des aéroports où se croisent des gens de tous horizons. Sa famille d’accueil nous a confirmé son accord de la garder avec eux, y compris plus longtemps en cas de difficulté pour trouver un vol retour à la date prévue. Nous avions donc pris la décision de la maintenir sur place. Mais ce mail vient semer le trouble dans notre esprit.

Quai d’Orsay : ok ?

Pour n°1, c’est le drame : malgré la pandémie de Covid19, elle se sent bien, et ne souhaite absolument pas rentrer. Elle ne lésine pas sur les arguments pour nous convaincre, et ils sont pertinents. Le doute nous envahit sporadiquement.

Nous échangeons avec l’organisme, qui maintient sa position, ce que nous pouvons comprendre. Mais nous restons convaincus que la maintenir sur place, dans les conditions d’accueil qui sont les siennes, reste le meilleur choix. Par acquis de conscience, et afin d’avoir la certitude que nous ne faisons pas courir de risque à notre fille, je passe un coup de fil au Quai d’Orsay.

Je suis mise en relation avec la cellule de crise qui, après examen de la situation de notre fille, nous confirme que le maintien sur place est la meilleure solution à l’instant T. Car au risque sanitaire s’ajoute celui des liaisons aériennes fluctuantes, et de plus en plus compliquées : hors de question de risquer que notre fille se retrouve bloquée des jours durant dans un aéroport, seule, comme c’est le cas de nombreux voyageur à travers le monde à ce moment.

Et maintenant ?

Stay safe
@starline

L’organisme nous demande certaines garanties – une deuxième famille prête à l’accueillir sur place en cas de problème – la meilleure amie de la maman d’accueil accepte. Puis, un contact à nous, présent aux Etats-Unis et qui pourrait se rendre sur place rapidement en cas de besoin. Heureusement, la famille de l’une de mes amies (américaine) accepte également. La situation est sous contrôle, n°1 peut rester sur place, à son grand soulagement.

La vie suit son cours, elle poursuit les cours… Évidemment, elle ne connaîtra pas le quotidien de la vie au lycée. Mais elle découvre et partage celui de sa famille. Une vraie complicité s’est déjà nouée, nous le ressentons, elle nous le fait partager. Ils font en sorte que l’expérience soit belle, et c’est le cas. 

Rapidement pourtant, le lycée annonce la fermeture définitive du lycée pour cette année. N°1 s’efforce de masquer sa déception, mais elle est perceptible et logique. La pandémie aura-t-elle raison de son enthousiasme ? Va-t-elle souffrir du mal du pays ?

Stay tuned : la suite au prochain épisode

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