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« Ici, je me sens libre d’être moi-même pour la première fois de ma vie » Outch. Mon cœur de maman s’est serré. Que répondre à ça ? 

C’est par ces mots que Nina a expliqué et exprimé son désir de repartir aux Etats-Unis l’an prochain. Notez le petit prénom glissé mine de rien. Vous l’aurez compris, sauf couac, l’aventure devrait se prolonger. Il me semble qu’il était temps de vous présenter « officiellement » cette branche de la descendance.

Mais revenons à nos moutons… J’ai reçu cette phrase comme un uppercut. Ces quelques mots sont aussi forts que tristes, dans la bouche d’une jeune fille de quinze ans. Ils m’ont retourné l’estomac, vrillé le cerveau. En une phrase, elle a provoqué une prise de conscience en moi. En une fraction de seconde, j’ai mesuré la souffrance qu’elle a dû éprouver toutes ces années à faire semblant. À prétendre être quelqu’un qu’elle n’est pas. À faire croire qu’elle allait bien.

Bien sûr, nous savions que la vie scolaire n’était pas évidente pour Nina. Elle a milité longtemps et souvent pour un enseignement à distance, pour avancer à son rythme, fuir l’ennui et les faux semblants. Arrêter de faire semblant.

Au début, nous avons pris cela pour une lubie. Passagère. Puis, lorsque c’est devenu récurrent et insistant, nous lui avons expliqué pourquoi il était important qu’elle poursuive son parcours en milieu dit « classique ». Et si de nous trois, finalement, c’est nous qui avions besoin de nous libérer ? Des convenances, des schémas bien établis… De nos peurs ? 

Avec des si

Là-bas, elle se sent libre d’être elle-même. C’est une évidence, nous le voyons, le ressentons à plusieurs milliers de kilomètres. Elle s’épanouit à vue d’œil, rayonne. Son sourire est plus fréquent, ses rires plus sonores. Bien sûr, c’est dur en tant que parent de voir son enfant se réaliser loin de soi. Évidemment, je me suis demandé dans quelle mesure nous aurions pu faire les choses différemment pour qu’elle se sente libre d’être elle-même, ici. Avec nous.

On peut tourner le problème dans tous les sens, il est des paramètres que nous ne maîtrisons pas. Pour d’autres, en revanche… Aurions-nous dû, par exemple, envisager ce second saut de classe, à l’époque ? Accéder à son désir de scolarité à distance ? Et si ? Et si… Nous ne pouvons pas changer le passé, mais nous pouvons agir sur le présent pour lui offrir un futur plus serein. Et cela passe visiblement par une émancipation précoce.

Je m’en doutais, l’avais senti venir avant même son départ. Avec mon mari, nous avions intégré qu’en la laissant partir un trimestre, nous étions prêts à la laisser partir tout court. C’est en partie pourquoi son départ m’a tant remuée. Je me doutais. Non : je savais.

Chacun sa route…

Pour autant que l’on soit à leur écoute, j’ai le sentiment que nous éduquons nos enfants autant qu’ils nous éduquent en tant que parents. On apprend sur le tas, on grandit en même temps qu’eux. On essaie parfois de courir avant de savoir marcher ; on tombe, on se relève, on recommence. On fait au mieux, avec ce sentiment persistant que ce n’est jamais assez.

On s’efforce de leur inculquer des principes… qu’on ignore pour nous-mêmes. Un exemple ? « On ne vous demande pas d’être parfaites. La perfection, c’est chiant. ET ça n’existe pas ». CQFD. Alors on essaie encore, plus fort.

Même pour le simple envol d’un papillon, tout le ciel est nécessaire

Paul Claudel

Depuis que Nina a défini son projet, je mouline, le navigateur internet tourne à plein. Je cherche les solutions pour qu’elle puisse vivre son rêve, tout en préservant ses options. Comme je dis toujours à mes filles, le luxe, dans la vie, c’est d’avoir le choix. Et si aujourd’hui elle semble certaine de vouloir poursuivre son lycée aux États-Unis, bien qu’elle se projette même au delà, qu’en sera-t-il demain ? 

Nous avons compris dès son plus jeune âge que son chemin, à elle, ne serait pas linéaire. Qu’elle trouverait forcément un moyen de bifurquer. Nous y sommes. Je multiplie donc coups de fil et mails au rectorat, au ministère, à l’ambassade de France aux Etats-Unis. (Spoiler : c’est plus c’est pas facile que c’est compliqué).

Tu auras ton bac, ma fille

Je sais, tout ce laïus pour revenir au point de départ. Mais… Quand même… Ce petit sésame lui offrira ce fameux choix : celui de revenir en France si tel est son souhait, sans avoir à refaire une année de première (et de terminale ?). D’ailleurs, Nina est partie prenante de ce double cursus : il lui demandera un investissement conséquent, il nous semblait important de ne rien lui imposer.

Elle devrait donc présenter les épreuves anticipées en tant que candidat non scolaire (libre), n’aura pas à passer les fameuses E3C en première. Si elle revient pour sa dernière année de lycée en France, seules ses notes et son E3C de Terminale seront prises en compte pour le contrôle continu.

L’an prochain, nous l’inscrirons au programme « scolarité complémentaire internationale » proposé par le CNED. Cela lui permettra de préparer les épreuves de français (oral et écrit), d’Histoire-Géographie et de Maths.Pour le reste, nous aviserons en fonction du programme américain, que nous complèterons au besoin.

Reste une inconnue : l’inscrirons nous dans son académie de secteur en France, ou à l’académie de Caen, qui gère les épreuves sur le sol nord-américain ? Tout dépendra des dates et des conditions. Les dépôts de dossiers débutent à l’automne, nous avons encore quelques mois pour prendre cette décision.

D’ici là, nous comptons bien profiter de sa présence dans l’hexagone. Quelques semaines, le temps d’un été. Avant de la laisser repartir.

Stay tuned : la suite au prochain épisode

6 commentaires

  1. ça a dû te faire mal au coeur, en effet… Quelle ambivalence tout cela représente, d’être heureuse de la voir s’épanouir et de s’en vouloir de ne pas avoir pu l’aider à le faire avant…

  2. J’adore comment tu nous racontes les aventures de Nina.
    Laissez-la vivre son expérience.
    Mes parents ne m’ont jamais comprise et maintenant tout est compliqué.
    à son âge moi aussi je rêvais de partir faire mes études aux USA mais impossible financièrement et avec mon père… il n’aurait jamais accepter.

    Bon plus qu’a attendre la suite de tes articles pour savoir ce qu’il va se passer.

      • Je comprends bien que quand on est parent on ne peut pas toujours faire en sorte de réaliser les rêves de ses enfants. Beaucoup de choses coûtent cher et selon la vie et le travail c’est pas facile.
        Donc suis ravie pour ta fille que vous puissiez réaliser cela pour elle.
        Et on auras d’autres articles addictifs à lire comme ça 🙂

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